Commémoration de la rafle des 540 figeacois

, par Secrétariat

HOMELIE DU PERE EVEQUE

MESSE DES DEPORTES
LUNDI 12 MAI 2014
EGLISE ST SAUVEUR
FIGEAC

Sœurs et Frères,

La messe est un lieu de mémoire, celle d’une vie donnée, celle d’un don librement consenti, le rappel qu’un berger est prêt à se sacrifier pour sauver son troupeau. Il offre sa propre existence afin que ceux qui lui sont confiés continuent à vivre.
Ce mémorial n’est pas seulement un souvenir, mais tous les croyants le reçoivent comme un héritage.

Le devoir de mémoire est un impératif non seulement pour l’Église, mais pour toutes nos sociétés. Si une société oublie sa mémoire elle est désorientée, elle perd non seulement l’histoire de ses origines, mais elle aura du mal, beaucoup de mal à trouver et à tracer la route de son avenir.

L’héritage de notre histoire religieuse ou civile se constitue à partir d’un évènement fondateur parfois tragique, que les générations successives ont inscrit dans la mémoire vive de leur histoire propre et qu’elles ont transmis avec le fruit de leur réflexion et de leur expérience. C’est tout cela qui forme notre héritage d’aujourd’hui.

La vie sacrifiée des 540 figeacois déportés et parmi eux 145 morts, toutes victimes innocentes continuent à crier : « N’oubliez pas ! Ne nous oubliez pas ! ».

Cette rafle criminelle démontre, s’il en était besoin, comment dans certaines circonstances, l’homme peut faire vivre à son semblable un véritable enfer en lui imposant les pires souffrances, les pires tortures, les pires humiliations et atrocités pouvant le conduire jusqu’à la mort.
Pourquoi une telle violence aussi gratuite, absurde qu’inhumaine ? Pourquoi l’homme est-il un loup pour l’homme ?
Comment l’homme peut-il se déshumaniser à ce point en arrachant toute dignité à son prochain ?
Ces questions doivent nous tarauder toujours.

Nous apportons nos propres réponses qui s’ajoutent à celles de ceux qui nous ont précédés et c’est tout cela qui forme l’héritage à conserver et à transmettre.

Oui, nous continuons 70 ans après à faire mémoire et à transmettre.
Ce que nous retenons de tous ces événements gravés dans la stèle du souvenir et dans la conscience profonde des figeacois, c’est une conviction :

Avant de changer les structures de nos sociétés, il faut commencer à changer nos cœurs.

Car si notre cœur ne change pas, si les évènements tragiques de notre histoire ne suffisent pas à le rendre meilleur, à le convertir à plus d’humanité, de respect, de justice, de paix et d’Amour, alors nous engendrerons à nouveau des systèmes politiques, idéologiques et sociaux qui ne sèmeront que la ruine et le deuil.

Toute commémoration, comme celle d’aujourd’hui, nous place en état d’alerte, de vigilance et de responsabilité.

Dans l’Évangile qui a été proclamé, nous avons compris que le Pasteur, le Christ, se place volontairement du côté des brebis et non à la place de ceux qui les dominent et les oppriment. Il n’en dispose pas selon son bon vouloir ou selon ses caprices, mais il se met à leur service, il en prend soin jusqu’à payer de sa personne et de sa vie.

Ce n’est pas l’idéologie du pouvoir qui sauve, mais l’amour. L’idéologie du pouvoir s’oppose à tout ce qui va dans le sens du progrès et de la libération de l’humanité, la conduisant jusqu’à sa destruction. Les traitements inhumains que l’on fit subir à nos 540 déportés en sont la preuve.

Notre mission sur terre et c’est la grande leçon de vie que nous donnent le Christ et l’histoire, c’est de prendre soin de l’humanité. Cela suppose de s’offrir soi-même, de se donner soi-même.

La tragédie de nos frères et sœurs déportés, victimes innocentes d’un système totalitaire et avilissant, continuent, 70 ans après à interpeller non seulement notre esprit, mais le sanctuaire inaliénable de notre conscience, là où se forge la mémoire du cœur, là où s’affrontent en nous les forces du meilleur et du pire.
Puissent-ils faire surgir en nous que le désir du meilleur pour le service du bien commun, du bonheur de tous, pour la promotion d’une culture de vie, de dignité, de respect.
Que se grave en nous comme leur ultime appel : « Plus jamais ça ! »

De cette mémoire et de cet héritage se dégage une mission :
Celle de scruter les signes des temps pour répondre d’une manière adaptée à chaque génération confrontés aux questions éternelles sur le sens de leur vie présente et future et sur leurs relations réciproques,
mission qui permet à l’homme de se comprendre lui-même dans ses racines les plus profondes et en même temps, dans la perspective de son humanité.

Je vous disais en commençant que la messe est un lieu de mémoire où Jésus nous dit : « faites cela en mémoire de moi ».
L’histoire humaine aussi est un lieu de mémoire où ceux qui ont été sacrifiés continuent à nous dire : « pour rester libres et vivants, continuez à faire mémoire de nous et vous avancerez dans le sens de la vie ». AMEN

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