Abbatiale Saint Sauveur

, par Anne-Marie

Ce qui frappe en entrant dans cet édifice pourtant composite, ce sont ses nobles proportions. En effet, si l’élévation a été souvent reprise, le plan au sol reste celui que dessinèrent les premiers moines clunisiens, sur le modèle de ce qu’il faut bien appeler, faute de mieux, les églises de pèlerinage.

Plus petite, plus simplifiée que ses majestueuses sœurs : Saint-Martin de Tours, Saint-Sernin de Toulouse, Saint-Jacques-de-Compostelle, elle peut davantage se comparer à sa voisine et rivale, Sainte-Foy de Conques.
Elle comprend une nef avec bas-côtés, un transept important sur lequel s’ouvrent deux chapelles rectangulaires, un chœur assez profond entouré d’un déambulatoire avec trois chapelles absidiales.
Aux XIIIe et XIVe siècles, on construisit entre les contreforts des bas-côtés les chapelles sépulcrales des patriciens de la ville. Ces chapelles obscurcissent la nef et nuisent à son unité, à la simplicité du plan primitif.

D’autre part, la diversité colorée de leurs autels n’est pas toujours heureuse. On peut retrouver l’ordonnance ancienne dans la partie de l’église qui touche immédiatement au transept et dans la première travée du bas-côté nord.
La nef de sept travées présente à un œil, même non averti, des différences sensibles entre le côté nord et le côté sud. Dans ce dernier, en effet, au-dessus des arcades en plein cintre à double rouleau, s’allonge sous les fenêtres la tribune aux baies géminées inscrites dans un grand arc. Contrairement à Conques, les tribunes ne furent sans doute jamais voûtées.

Abbatiale St Sauveur

Les hautes baies du XIVe siècle, presque seules à éclairer l’église depuis la construction des chapelles, s’ouvrent sous des voûtes d’arêtes qui les écrasent un peu. Les voûtes d’origine étaient en ogive et il subsiste encore quelques départs de nervures. Le côté nord, refait au XVIIe siècle en même temps que les voûtes, n’a que deux étages : celui des arcades et celui des fenêtres. Les tribunes ont disparu. Les bas-côtés nord et sud ont leurs deux premières travées voûtées d’arêtes, les autres d’ogives à huit quartiers. Au premier pilier du côté sud, une inscription, indique qu’un autel était consacré en cet endroit à sainte Marie, saint Michel, sainte Marie l’Egyptienne et saint Blaise. Ajoutons pour la petite histoire, que Champollion, que l’on honore à juste titre pour avoir le premier déchiffré les hiéroglyphes égyptiens, fit un contresens quand il traduisit cette inscription.

- LE TRANSEPT

Si le carré du transept, voûté d’ogives, n’a été construit qu’en 1920, après la chute du dôme, par contre les deux croisillons Sud et Nord, chacun formé de deux travées, remontent beaucoup plus loin dans le temps et doivent sans doute être attribuées au XIIIe siècle.
De belles roses les éclairent et on pourra remarquer, au côté sud, les nervures de la voûte décorée de bâtons brisés. Les tribunes de la nef rejoignent celles du chœur par une coursière vertigineuse posée sur des croisillons et qui fait le tour du transept. Au côté nord, extérieurement une porte XIIe siècle, fort mutilée, ouvre sur la place où une chapelle entourée d’un cimetière servait primitivement au culte paroissial.

- LE CHŒUR

Malgré son aspect gothique, le chœur est une réfection (fin XVIIe siècle, début XVIIIe siècle) ainsi que, pour sa plus grande partie, le déambulatoire formé de travées trapézoïdales voûtées d’ogives. Les chapelles absidiales sont anciennes : on peut dater de la deuxième moitié du XIIe siècle leurs baies, leurs chapiteaux historiés. La chapelle axiale est plus longue d’une travée que les deux autres.

- LA SALLE CAPITULAIRE (Chapelle Notre-Dame de Pitié)

Souvent appelée aussi Notre-Dame de Pitié, la salle Capitulaire ouvre un passage moderne sur le croisillon sud du transept. Quatre courtes colonnes rythment les neuf travées de cette élégante salle qu’on peut attribuer au XIIIe siècle et qui, après avoir été pendant des siècles le lieu de réunion des moines, devint, au XVIIe siècle, lieu de culte.

Primitivement ouverte sur le cloître (actuelle place de la raison), elle a, au XIXe siècle, reçu des vitraux très colorés.
Remarquable par ses proportions, la chapelle ne l’est pas moins par son décor de bois sculpté et peint.

En 1673, on confie à Isaac Delclaud, maître sculpteur figeacois, le soin de faire un retable à 3 panneaux sur le thème de la Passion. De chaque côté de la Vierge de Pitié qui a donné son nom à la chapelle, deux grands panneaux en bas-relief, peints et dorés, représentent la descente de Croix et la mise au tombeau. Au registre inférieur : à gauche, la Vierge des douleurs percée de sept glaives, et à droite, un étrange panneau représentant Jésus enfant qui dort sur une croix au milieu des instruments de sa passion future.

Mais dans un lieu de culte, tout doit converger vers l’autel, vers l’événement essentiel qu’est l’eucharistie. Alors tout retrouve son calme et sous l’image de la douleur de la vierge, le prêtre va répéter la Cène ici représentée ; dans celle-ci, l’agneau immolé est au centre de la composition rappelant ainsi la Passion évoquée sur les murs.

Dix panneaux plus petits reprennent dans un style plus naïf le thème de la Passion en retraçant les derniers moments de la vie du Christ.

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