CCFD-Terre solidaire

, par Anne-Marie

Depuis cinquante-cinq ans, à l’appel des Evêques de France, les membres et les équipes du Comité catholique contre la faim et pour le développement – Terre Solidaire se tiennent en écoute des cris et des espoirs de ceux qui sont au loin comme de ceux qui nous demandent protection ici. Ils s’efforcent d’être proches de leurs attentes et d’agir avec les oubliés du monde.
Au moment de proposer aux communautés chrétiennes une démarche de Carême qui incite à se laisser toucher par « les cris du monde » et à les « transformer en espérance partagée », nous laissons résonner en nous la clameur de la terre, le cri des hommes, la violence et les efforts de paix, ici et là-bas, au Proche
Orient, en Afrique, en Syrie, en Irak, dans les villes du monde où des migrants sont contraints de fuir leur terre, à la recherche d’un lieu de paix.
Lors des Journées Mondiales de la Jeunesse, à Cracovie, en Juillet 2016, le Pape François s’adressait aux jeunes rassemblés et les invitait, au cours d’une prière, à devenir des acteurs politiques : « Dieu nous invite à être des acteurs politiques, des personnes qui pensent, des acteurs sociaux… Dieu nous enseigne à le rencontrer en celui qui a faim, qui a soif, en celui qui est nu, dans le malade, dans l’ami qui a mal tourné, dans le détenu, dans le réfugié… ». « Voulez-vous changer le monde ? » leur a-t-il demandé, à plusieurs reprises. Cette interpellation nous est adressée, à chacun, en ce temps de Carême qui est un temps de vérité et de ressourcement de nos convictions : Voulons-nous changer le monde ? Et si nous le voulons, voulons-nous changer notre vie ?
Il s’agit de vivre une conversion du regard et de l’écoute et de renouveler notre action politique - au sens premier du mot « politique » : ce qui concerne « notre vie commune » et ce qui déploie notre « bien commun ». L’appel qui est lancé est de donner et redonner sens à la citoyenneté, cette conscience d’être d’une même humanité, d’habiter une même terre et d’être engagés vers un même avenir. La conversion à l’espérance de Pâques commence dans l’action partagée avec notre proche. Consentir à laisser l’esprit nous conseiller et se faire proche, de ceux qui sont ici comme de ceux qui sont au loin.

CHRISTIAN DELORME, prêtre du diocèse de Lyon, délégué épiscopal pour les relations inter-religieuses :
J’imagine les hurlements des enfants de Alep pris sous le feu de bombardements. Je pense aux cris de détresse de ceux qui, embarqués sur de frêles esquifs, sombrent en Méditerranée. J’ai peur de songer aux souffrances extrêmes de ceux que l’on torture en différents lieux de détention du monde.
Elle est trop grande, la clameur du monde ! Ecrasante, angoissante, désespérante. Pas de journaux sans drames qui n’y soient exposés. Pas d’émissions d’actualité qui ne donne des échos de souffrances multiples. L’actualité est tous les jours tragique : guerres, massacres, tortures, famines, exodes, violations sans fin des droits de l’homme, destructions de l’environnement, catastrophes, accidents... Comment Dieu peut-il dormir ? Il ne dort pas, il est toujours en éveil. Mais alors, sa souffrance doit être immense, insoutenable ? Je n’ai pas de réponse. Je ne suis même pas certain d’en vouloir une. Je peux juste regarder le Christ en croix et me dire : il sait ! Moi aussi, je sais. Mais pas autant que lui qui a été crucifié. Parfois cela m’ôte le sommeil. La plupart du temps je me débrouille pour penser à autre chose. Mais je devrais crier plus souvent ! Par colère et par amour. Crier en solidarité. Demander justice. Seigneur, ouvre mes lèvres !
Ceux qui souffrent, toutes les heures, tous les jours, en des centaines de milliers de chemins de croix dispersés sur la surface du Globe, savent bien que leurs cris ne recevront en réponse pas d’autres échos que les cris de douleur d’autres hommes. Mais peuvent-ils se résoudre à ne pas être entendus ? Et comment pourrais-je ne pas tendre l’oreille ? Dans les évangiles, Simon de Cyrène accompagnant la montée de Jésus au calvaire n’a pas pu empêcher la Passion du Christ, mais il l’a adoucie. La voix du sang des hommes assassinés crie jusqu’au ciel, et je sais qu’un jour Dieu me demandera : « Qu’as-tu fait de ton frère ? ».

Soutenir par un don