Tribune libre : Faut-il voter la loi sur l’euthanasie ?

Depuis les premières rédactions, les lignes tissant le projet de loi sur l’euthanasie et le suicide assisté -qui ne veut pas dire son nom- ont bougé. Le passage au Sénat a montré qu’il n’y a pas d’unanimité sur la question, et les inquiétudes sont allées grandissantes depuis, exprimées notamment par les médecins -dont l’ Ordre est défavorable à ce que des médecins participent à un processus qui mènerait à une euthanasie-, les autorités religieuses -dont la totalité des évêques de France-, et les accompagnants des malades qui s’affolent du « délit d’entrave » qui empêcherait -même les plus proches- de dissuader quiconque aurait subitement « une pulsion de mort », ce qui n’est pas rare. Sans compter la violence imposée à ceux qui ne bénéficieront d’aucune clause de conscience et que la Loi forcera à participer, sous peine de démission ou de procès, à participer de près ou de loin à un acte gravissime que leur conscience réprouve. Des maisons de retraite, des établissements de soins, des congrégations soignantes seront obligés de plier bagages, avec autant de soins qui ne seraient plus dispensés aux plus pauvres.
Ces derniers jours, de nombreuses digues ont cédé dans l’élaboration de la Loi, qui se positionne désormais comme la plus permissive du monde : seulement deux jours obligatoires de réflexion avant le geste létal, une « éligibilité » à l’euthanasie ou au suicide qui dépasse largement les situations de vieillesse ou de maladie incurable, en s’étendant jusqu’aux souffrances psychologiques (alors même que la fréquentation des centre psychiatriques ne manquent pas de révéler la grande fragilité de nombre de nos contemporains !) En parallèle de cela, les députés ont rejeté l’idée d’un droit opposable aux soins palliatifs…alors qu’ils ont récemment voté à l’unanimité le principe de ces soins bienfaisants. Comprenne qui pourra ! Et qu’en est-il, au-delà des déclarations de principe, des établissements de santé dépourvus d’unité soins palliatifs ?
Tout cela devrait alerter notre conscience, d’autant que les débats et les réactions à l’élaboration de la loi ont pourtant mis en avant que l’accompagnement réel et la prise en charge des malades en soins palliatifs font disparaitre l’immense majorité des demandes de mort, rendant inutile la transgression euthanasique. On a même pu découvrir, ce qui était relativement ignoré jusqu’alors, qu’il est techniquement possible d’apaiser les « douleurs réfractaires » qui sont souvent invoquées en faveur de la promotion de la mort administrée médicalement.
Les dernières semaines ont aussi permis de constater que, malgré les prétendus « encadrements législatifs stricts », les scandales liés à la pratique euthanasique des pays qui l’ont légalisée sont légion ; on découvre même qu’en France, la pratique pourrait légalement être mise au profit de la récupération d’organes humains fonctionnels, sans aucune restriction. Quelle tentation pour la médecine, et quelle transgression pour la dignité humaine !
Au-delà des idéologies partisanes et des consignes de votes, quelle conscience politique pourrait tolérer que le désir de notre Président de la République de marquer son quinquennat par une loi sociétale majeure ait finalement pour conséquence de transformer le corps de certains de nos compatriotes en réservoirs d’organes pour les autres ? Est-il possible d’accepter que les soins palliatifs, bien qu’ils soient plébiscités et moralement excellents, soient, en définitive, réservés à ceux qui auront de bonnes relations sociales, tandis que l’euthanasie ou le suicide seraient proposés aux pauvres qui, eux, n’auront jamais la ressource de résister au « désir d’en finir », surtout s’ils se considèrent déjà comme un « poids » pour leur proche ou pour la société ?
Enfin, qui pourrait ignorer les avertissements de ceux qui n’ont que leur voix pour éclairer les consciences sur cette transgression éthique majeure, qui introduirait un surcroît de violence chez les soignants, dans les familles et finalement dans tout le pays ? Alors, faut-il voter en faveur de cette loi demain ? NON !
Père Guillaume Soury-Lavergne